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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 15:30

      Robert Bichet aimait l'enseignement mais ne se sentait pas particulièrement à sa place dans l'Education nationale. Ne souhaitant pas se limiter à son instrument - le hautbois - il se sentait prêt à promouvoir le goût de la musique de façon plus vaste auprès des jeunes.

      C'est pourquoi, riche des deux licences qu'il vient d'obtenir de la faculté de Paris VIII (musique et arts plastiques, voir ici) et de sa vaste prestation dans l'univers culturel de La Courneuve (voir ici), il sollicite du Conservatoire devenu Régional de Tours (et notamment de Gilbert Flory et de Jacques Albrespic, ses maîtres, voir ici) leur appui pour obtenir un poste de directeur de Conservatoire ou d'Ecole Municipale de Musique dans la Région Centre.

       Il est justement père pour la seconde fois, d'une petite Morgane née en décembre 1980 ; et férocement opposé à la vie de banlieue, il ne se voit pas non  plus continuer à vivre dans son petit deux-pièces parisien avec deux enfants.

Morgane-Bichet.jpgMorgane Bichet

      L'opportunité de partir s'offre à lui dès le printemps 1981, le maire d'Issoudun André Laignel cherchant un remplaçant pour Marcel Naulais (brillant clarinettiste de la Garde Républicaine de Paris) qui souhaitait prendre sa retraite.

Avec-Marcel-Naulais-1982.jpgRobert Bichet avec Marcel Naulais en 1982

       La culture autant que l'enthousiasme de Robert les toucha, et particulièrement sa promesse d'entreprendre au niveau de la ville un vaste travail d'animation en profondeur, touchant les écoles et relié à des projets de créations artistiques originales.

Andre-Laignel.pngAndré Laignel tel que l'on peut le voir ici sur le site du PS

      André Laignel, homme de gauche et profondément humaniste, avait déjà engagé sur sa ville de grands travaux d'aménagement culturel (une médiathèque, une belle salle de spectacle et une maison de jeunes destinée à diffuser la culture et les pratiques artistiques autant que sportives) : son but en recrutant un homme tel que Robert était d'insuffler un climat créatif à son conservatoire, comme il l'avait déjà prévu en installant simultanément une troupe de théâtre sur sa salle de spectacle (La troupe du Nain Jaune dirigée par Bruno Nion, au sein du Centre Culturel Albert Camus).

  Centre-Culturel-Albert-Camus-Issoudun.jpg

Sur cette image tirée du site de la Ville d'Issoudun on peut voir Le Centre Culturel conçu en forme de trèfle par André Laignel avec ses trois antennes : 1) la Salle de Spectacle ; 2) la Médiathèque avec ses trois secteurs également - jeunesse, adulte, disco-vidéothèque - ; 3) la MELI, "maison d'expression et des  Loisirs d'Issoudun". J'ai rajouté en "4" le coeur du trèfle qui est le hall d'entrée ou hall des expositions (les chiffres en rouge sont ajoutés par moi).

 

    Robert reçoit ce message avec reconnaissance, ressentant que pour la seconde fois un "Père Spirituel" (le premier en la matière ayant été Paul Combes, principal du Collège Raymond Poincaré - voir ici) l'aide à réaliser les grands projets de sa vie.

    Et c'est tout naturellement qu'après son entrée en fonction en septembre 1981 il s'attelle à une remise à jour du projet poétique "Du Fond du Gouffre", en utilisant cette fois les acteurs de la Troupe, les élèves des écoles de la Ville d'Issoudun, ainsi que les élèves et les professeurs du Conservatoire. C'est la naissance des Trois Métamorphoses du Rêve, qui voient le jour en juin 1982 et sont le début d'une longue série de créations, plus ou moins ambitieuses en fonction des sollicitations ou de l'inspiration.

  Trois Métamorphoses du Rêve- Issoudun82
Création des Trois Métamorphoses du Rêve le 22 juin 1982 au CCAC d'Issoudun

      Appelé dans les premiers temps à diriger l'Harmonie Municipale d'Issoudun, c'est à ce moment que Robert transcrit son Choral "La Fleur d'Amour" tiré de Du Fond du Gouffre pour orchestre d'harmonie et le fait jouer à diverses reprises en divers lieux (par exemple à  Châteauroux) : Marcel Naulais, éminent artiste pour lequel Robert a aussitôt conçu une grande affection, lui apporte longuement son soutien et ses conseils (comme vous pouvez le voir à cette page, cet homme était loin de se désintéresser de la musique contemporaine et suivait largement Robert sur ce point).

       Par ailleurs Robert s'intègre rapidement au Groupe Poétique François Villon, installé sur Issoudun et dirigé par Jean-Noël Baglan, poète doué d'une grande sensibilité (voir ici, dans l'extension du groupe vers "Poètes en Berry").

       Après avoir trouvé une petite fermette en pleine campagne à quelques kilomètres de la ville, Robert trouve vite son équilibre dans un milieu particulièrement apte à favoriser son épanouissement.

RBichet-1988

Robert Bichet photographié en 1988 dans sa nouvelle maison de Condé à l'occasion d'un article de Presse (Cliché Claude Aumon, la Nouvelle République du Centre-Ouest)

        

      Tandis qu'il poursuit ses expositions de peinture ici et là (Châteauroux, Vierzon, Paris-quartier Beaubourg, Montluçon, région de Tours...) il se crée une solide notoriété locale par ses interventions en milieu scolaire destinées à amener les jeunes à la musique ou parfois simplement orientées vers la création poétique, et par son adresse étonnante à faire monter par des enfants de tous niveaux des spectacles toujours passionnants.

       Le pire (et on se rappellera ici une scène à la fin du film "Amadeus" de Miloš Forman, où Mozart, critiqué pour  son manque de rapidité à écrire son Requiem répondait en montrant son crâne : "tout est là... Le reste n'est que du gribouillis"), le pire est qu'à l'approche de chaque concert la partition n'était jamais finie d'écrire, jamais totalement répétée,  ce qui mettait en ébullition les professeurs du Conservatoire ! Mais Robert, imperturbable, affirmait toujours que ses oeuvres étaient secondaires, que l'important était le travail régulier de l'élève et sa préparation des examens (auquel il tenait beaucoup pour la qualité de l'enseignement de sa maison)... Et au bout du compte, comme pour Du Fond du Gouffre, la partition arrivait au jour du concert toute limpide de ses schémas connus de tous, et pour lui donner vie Robert "soufflait", tout en dirigeant, à chacun là où il en était pour que personne ne se perde... Un véritable miracle au bout du compte dont chacun ressortait ébloui, stupéfait, comme ayant participé à une naissance.

Le voyage d'un papillon- 1985

Photo de presse du "Voyage d'un papillon", joué en l'Eglise Saint-Cyr d'Issoudun

    C'est le cas par exemple avec "Le Voyage d'un papillon" (1985), réalisé en partenariat avec une école maternelle (voir l'article qui lui est consacré ici) ; mais au moins les enfants, eux, avaient-ils travaillé régulièrement toute l'année.

      Puis vint une création intéressante quoiqu'exécutée sur le "fil du rasoir" pour d'autres raisons cette fois : les Neuf Espaces Sonores, conçus pour l'inauguration de l'Espace de Loisirs Sportifs (un piscine couverte avec vagues, toboggans, cascades, jets massants et bains à bulles, plus un bowling et un squash,  nouvel équipement remarquable apporté par André Laignel à sa ville d'Issoudun). Le concert eut lieu en juin 1986, en partenariat avec des plongeurs et des spécialistes de danse aquatique, et la difficulté jaillit du fait qu'en raison du spectacle nautique associé les instruments et les interprètes souffrirent particulièrement de l'atmosphère "tropicale" dans laquelle il leur fallut jouer.

 

ELS-Issoudun.jpgUne image de la piscine trouvée sur le site de la Ville. L'orchestre était installé devant les vitres.

      Après avoir créé à la demande d'une directrice d'école une musique pour un Conte composé par les enfants (Musique pour le Prince, la Princesse et le Sorcier qui ne savait pas sourire, 1987), Robert Bichet se consacre à des oeuvres d'inspiration plus personnelle et plus "ciselée", des variations autour d'un thème emprunté à son ami le peintre Michel Salsmann (voir ici) : ce sont les trois "Mardi 13 février ou une journée à vivre", écrits successivement pour ensemble de percussions (1987), pour les structures Baschet (1988), et pour soprano et piano (1990).

     A partir d'une lithographie représentant "quatre baigneurs nus dans une piscine sans eau parmi lesquels l'un n'est pas bronzé, regardant la mer à travers une vitre" (!... l'oeuvre évidemment est allégorique), Robert écrit un poème et l'associe aux différentes versions (voir mes articles ici et là)

 

     C'est en cette période que naît sa 3e fille, Sylviane (février 1987).

Sylviane-Bichet.jpgSylviane Bichet

     André Laignel instaure une section de spécialisation théâtre au lycée Balzac  d'Issoudun pour donner corps à la troupe d'amateurs qui s'y trouvait déjà (la troupe de l'Arlequin, dirigée par Béatrice Billard), et songe utiliser pour la partie pratique de cette formation les acteurs professionnels qu'il héberge à demeure au niveau du Centre Culturel Municipal. En 1988 c'est Claude Confortès qui a succédé à Bruno Nion, et c'est avec lui que Robert prépare une musique de scène pour une vaste évocation de l'Affaire Calas de Voltaire qui sera jouée en 1989 par la section Théâtre en l'honneur de l'anniversaire de la Révolution Française et de la Proclamation des Droits de l'Homme.

 

     Après Point Migration, réalisé sur un texte d'Arthur Rimbaud avec des élèves de maternelle (1991), Robert Bichet crée une nouvelle pièce de circonstance avec "Corps et Âme", grandiose évocation de la maladie conçue pour l'inauguration d'une nouvelle aile du Centre Hospitalier d'Issoudun (1996). Robert utilise là sa fille Marie-Noëlle, devenue élève de la section théâtre du lycée, comme récitante d'un poème de la jeune Sabine Sicaud, morte prématurément des suites d'une dure maladie (voir cet article).    Corps&âme-Hôpital-1996-2

Création de "Corps et Âme" devant la nouvelle aile de l'hôpital d'Issoudun

     C'est juste ensuite qu'André Laignel, infatigable bâtisseur, réussit à  construire dans le cadre d'une vaste implantation de bâtiments universitaires autour d'une aile de l'IUT de l'Indre rue Georges Brassens, ce qu'il appellera la "Boîte à Musique", un bâtiment encore une fois tripartite puisqu'il abritera :

- le nouveau Conservatoire municipal.

- une jolie petite salle de spectacle dédiée essentiellement à la chanson, mais aussi considérée comme auditorium pour le Conservatoire.

- des studios de répétition et d'enregistrement pour toutes les musiques et tous les musiciens de la ville, avec un régisseur attitré.

 

    Dans cet environnement de choix Robert va pouvoir élargir ses moyens en achetant de nouveaux instruments, en multipliant les classes d'ensemble (orchestre à cordes, orchestre à vents, classes de jazz, chorale d'enfants, chorales d'adultes...) et en créant de nouvelles sections, particulièrement celles qui concernent les musiques traditionnelles.

Parcours secret derrière OrionPréparation du concert donné à Gargilesse en mai 1997 : Parcours secret derrière Orion pour sept saxophones, sous la direction de Frédéric Langé

     Tandis que son amitié pour Frédéric Langé le conduit à la composition d'une pièce spécialement conçue pour sa classe de saxophones (et qui ainsi se verra éditée), Parcours secret derrière Orion (1997), peu à peu naît l'idée de l'oeuvre qui va devenir "Berry, Terre d'Inspiration", avec des vielles à roue et des cornemuses berrichonnes, et qui fera l'objet du "Concert de l'an 2000" au CCAC d'Issoudun.

 

A suivre...

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Publié par Martine Maillard - dans Biographie
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commentaires

Schockmel Arnaud 16/12/2010 10:09


Juste un petit mot après une conversation très sympathique que j'ai eue au téléphone avec Robert Bichet!

On ne peut pas vraiment juger un homme sur quelques minutes mais il m'a parru vraiment agréable et cultivé

Après avoir fait un tour de ce blog je constate que je ne suis pas trompé mais que j'étais encore loin de la réalité car il s'agit vraiment d'un artiste accompli! Ravi d'avoir fait votre
connaissance M. Bichet!


Martine Maillard 21/01/2011 16:31



Merci de votre visite, Arnaud ! A bientôt !



marino 20/10/2010 23:00


comme elles sont mignonnes mes petites soeurs ...


Martine Maillard 20/10/2010 23:06



Ce sont des photos choisies par toi... Et toi, tu t'es vue ?



sarah 20/10/2010 17:24


je viens de prendre connaissance de ce nouveau blog.Il retrace très fidèlement le parcours de cet autodidacte contemplatif, humaniste et très talentueux parmi ses nombreuses qualités et j'oubliai
aussi bosseur acharné, ne baissant jamais les bras devant l'adversité et la bêtise. merci à toi de nous le faire partager.


Martine Maillard 20/10/2010 17:37



Merci Sarah. C'est très gentil de me faire part de tes impressions, surtout que tu le connais et peux me donner un avis pertinent.



Sylvie 20/10/2010 10:46


c'est sympa tout cela, et ça me rappelle beaucoup de choses déjà lointaines.
Les photos des fifilles sont adorables,et le sourire de Gagane ravageur !(et puis je ne te trouve pas nunuche sur la photo de l'article précédent, d'une part, et d'autre part, tu n'étais peut-être
plus tant sous la coupe de tes parents -tu en avais donné des preuves d'émancipation!!- mais tu étais tout simplement JEUNE !!!! hihihi)

Bravo pour tout ce travail, qui bien sûr ne serait rien sans la biographie riche en rebondissement qui lui sert de support ! en 4 mots : Bravo Martine, Bravo Robert !!

Bises


Martine Maillard 20/10/2010 17:38



Merci Sylvie. Il y a encore du travail à faire, mais petit à petit ça prend figure !



Profil

  • Martine Maillard
  • "C'est quand on est enfant qu'on emmagasine dans son cœur les choses les plus importantes de la vie" , dit souvent Robert Bichet.    

Je souhaite vous faire partager ici son enthousiasme et ses passions.
  • "C'est quand on est enfant qu'on emmagasine dans son cœur les choses les plus importantes de la vie" , dit souvent Robert Bichet. Je souhaite vous faire partager ici son enthousiasme et ses passions.

Présentation

Né en 1947, Robert Bichet reçut d'abord  une formation de musicien au Conservatoire National de Région de Tours en hautbois puis en écriture. Simultanément il publia deux recueils de poèmes sur la Région de Tours et commença à peindre sous l'influence de Pierre Dupas.

            Arrivé à Paris en 1970, il suivit durant deux années le stage de formation organisé par le Groupe de Recherches Musicales de Radio France et le Conservatoire National Supérieur de Paris, puis reçut une formation universitaire à la Faculté de Paris VIII où il fut admis au grade de licencié dans les départements de Musique et d'Arts Plastiques. 

          Tandis que deux nouveaux recueils de poèmes voyaient le jour, il s'initia à la gravure et commença à développer une technique d'encres soufflées. Par ailleurs ses relations avec de multiples amis instrumentistes enrichit sa connaissance des divers instruments et lui permit d'envisager une écriture musicale basée sur des masses sonores où apparaissent en relief des solistes dont tous les moyens sont mis en valeur. Cette exigence de recherche instrumentale lui valut une édition musicale à compte d'éditeur (chez Henri Lemoine) de son "Désert II" pour hautbois.

          Après avoir enseigné dans divers collèges de la Région Parisienne et avoir réussi à y insuffler un élan vers l'expression musicale contemporaine, il fut nommé en 1981 directeur du Conservatoire Municipal de Musique d'Issoudun (Indre), où conjointement à ses activités d'administrateur il développa largement sa peinture,  sa poésie et sa musique, par des créations originales spécialement conçues  pour ses élèves, ou même pour les enfants des écoles, appelés à participer.

        Retraité depuis 2007 il poursuit ardemment par des cours, des conférences, des animations, des concerts et des expositions, le but qu'il s'est fixé :  amener chacun à éveiller le poète qui sommeille en lui, en prenant conscience que tout être humain est un créateur.       

L'Art vient d'ailleurs, il est sacré.

L'artiste n'est qu'un transmetteur capable de s'émerveiller.

Quels que soient sa race, son sexe, son âge, sa condition sociale, tout être humain a la possibilité de dire ou de penser : "c'est beau... ... ... "

C'est à cet instant qu'il devient poète.

S'il s'autorise à créer envers et contre tous, il devient alors artiste, nourri par l'énergie d'une force intérieure qui le dépasse et qui le guide.

Robert Bichet

Citations

« L'artiste doit aimer la vie et montrer qu'elle est belle. »

Anatole France

 

« Nous, nous voulons être les poètes de notre vie. » 

Frédéric Nietzsche

Un Reportage Vidéo

Bibliographie

POÉSIE

- Expansion d'amour

(Editions J.F.P.F., 1967) épuisé.

- Triptyque :

  . Expansion d'amour
 . Altitudes

  . Douze paraboles pour une jeune fille

(Editions José Millas-Martin, 1970) épuisé.

- De la fenêtre

(Editions Saint-Germain des Prés, 1971) épuisé.

- De la fenêtre

(Editions José Millas-Martin, 1972).

- Mes saisons de Bracieux

   Poèmes pour eux

   Poèmes venus d'ailleurs

(Editions Saint-Germain des Prés, 1973) épuisé

- Parcours secret derrière Orion

(Editions François Villon, 1997)

- Là-bas sont tous les rêves

(Editions Caractères, 2009)

 

MUSIQUE

- Désert II     pour hautbois

Extrait de "Du Fond du Gouffre", durée 7'

(Editions Henry Lemoine, 1986).

- Parcours secret derrière Orion      pour 7 saxophones

(5 saxophones alto mi b, 1 saxophone ténor si b et 1 saxophone baryton mi b), durée 20'

(Editions Van de Velde, 2002).