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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 21:26

        Quand j'ai connu Robert, il aimait à m'emmener dans des brasseries parisiennes qui rappelaient la Belle Epoque, par exemple "Chez Julien", rue du Faubourg Poissonnière ou dans une rue parallèle... Des portes en boiserie à tourniquet, d'immenses salles flanquées de miroirs, des garçons à tablier blanc, des petites tables rondes ou rectangulaires à pieds en fer ; un menu simple mais classique, dans lequel le bol de soupe était à la portée de toutes les bourses, même celle du mendiant qui n'était pas exclu des lieux ; on y trouvait encore la petite cervelle d'agneau rissolée mais aussi la soupe à l'oignon gratinée, et tout était servi très vite, monté de la cuisine en sous-sol, et les garçons virevoltaient entre les tables avec leurs plateaux, écrivant la commande puis la note au fur et à mesure sur les nappes de papier de la table.

       Bien sûr les nappes ensuite étaient jetées.

      Alors, avant de partir, Robert y faisait des petits dessins au bic noir. Il griffonnait des arbres, des petites maisons, une tête ronde en forme de pleine lune qui regarde, souvent posée par terre... C'était l'époque où, fou de son Bracieux natal, il criait à qui voulait l'entendre : "Quittez tous Paris ! Allez vivre à la campagne !!"  

       Parfois on arrachait le coin de papier contenant le dessin, pour l'emporter avec nous. Il représentait ses souvenirs de l'allée solognote où il aimait à rêver adolescent, et cette tête c'était la sienne, toujours détachée du corps tandis qu'il s'évadait dans le rêve.

Mes saisons de Bracieux - St-Germain des Prés (Paris 1973)      Le jour où il édita son recueil "Mes Saisons de Bracieux" aux éditions Saint-Germain des Prés, il se décida à fixer ses images en illustration pour ses poèmes, et il en ajouta deux pour les miens sur mon recueil "Le Rossignol d'Argent". Ce furent les premières esquisses d'un style très personnel qu'il ne cessa ensuite de développer.

Mes-Saisons-de-Bracieux-intro.jpg

Mes saisons de Bracieux - dessin n°1

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés

    Voici le premier dessin, datant donc de 1973, qui représente une tête un peu inquiète posée entre deux arbres près d'un escalier...

Mes saisons de Bracieux (1)Mes saisons de Bracieux - dessin n°2       

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés

       La voici plus gaie en fonction du texte qu'elle illustre,

Mes-saisons-de-Bracieux--2-.jpgMes saisons de Bracieux - dessin n°3    

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés

      puis un peu douloureuse, cachée dans la forêt auprès d'une maison secrète. Un escalier s'évade à gauche.

Mes-saisons-de-Bracieux--3-.jpg  Mes saisons de Bracieux - dessin n°4

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés

      Plus dense se fait la forêt, tandis que le visage n'est plus celui qui regarde mais peut-être celui même du paysage enfoui derrière des escaliers ignorés.

Mes-saisons-de-Bracieux--4-.jpg Mes saisons de Bracieux - dessin n°5

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés   

      Enfin la maison de rêve en pleins bois est bien visible au clair de lune, dans une sorte de clairière ; et à droite, sur un escalier, une tête regarde entre les arbres.

Mes saisons de Bracieux (5)Mes saisons de Bracieux - dessin n°6

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés 

     Et voici la dernière illustration de la vaste fresque intitulée "Mes Saisons de Bracieux" : la tête plus humaine sourit entre les arbres près de sa maison.

poemes-pour-eux.jpg

Poèmes pour Eux

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés

     Aux Saisons de Bracieux suivent immédiatement les "Poèmes pour eux", poèmes de détresse où s'exhale la haine d'un monde dogmatique où domine le jugement. Cette illsutration les accompagne, dans laquelle les arbres, les maisons, le visage sont enfermés entre des glaces qui coupent, qui tranchent.

Poemes-venus-d-ailleurs--1-.jpg

Poèmes venus d'ailleurs - dessin n°1

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés

      Puis vient la série des "Poèmes venus d'ailleurs". Ce sont des sortes d'incantations, des poèmes "magiques" arrivés d'on ne sait où pour rétablir le droit au rêve. C'est pourquoi les visages qui accompagnent les dessins sont souvent si étranges.

Poemes-venus-d-ailleurs--2-.jpg

Poèmes venus d'ailleurs - dessin n°2

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés

     Ici le réconfort s'installe, car l'amour est là : en effet, vous avez deux oiseaux qui s'envolent côte à côte, là-haut dans le ciel.

Poemes-venus-d-ailleurs--3-.jpg

Poèmes venus d'ailleurs - dessin n°3

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés

     Un autre poème encore plus mystérieux fait dresser des cornes au visage d'elfe des arbres, tandis que la maison semble bizarrement suspendue.

Poemes-venus-d-ailleurs--4-.jpg

Poèmes venus d'ailleurs - dessin n°4

Robert Bichet ©Editions St-Germain des Prés, tous droits réservés

     Enfin dans le dernier "Poème venu d'ailleurs", la magie a opéré son effet... Pour la première fois Robert parle d'Orion, la grande constellation dont plus tard il se fera un modèle pour d'autres créations ; le paysage, enrichi d'un moulin, est tout désorganisé (la fenêtre sort de nulle part), et le visage posé semble défait, peut-être transformé en un rocher sur le chemin... Mais l'ensemble est équilibré, carré comme le cadre d'Orion lui-même que vous verrez dessiné par derrière, si vous agrandissez l'image, sous la forme de sept petits oiseaux.


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Publié par Martine Maillard - dans Dessin - expositions
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commentaires

Alexandre 08/12/2010 14:19


Et un visage pour contempler le reste avec recul.


Robert 08/12/2010 14:50



Oh non, j'aime tant être dedans... !



Russalka 27/10/2010 18:35


J'adore ton analyse de ces dessins. Et j'adore tout autant ce visage caché et pourtant si présent qu'il faut chercher à la loupe...


Martine Maillard 27/10/2010 19:20



Merci.



Profil

  • Martine Maillard
  • "C'est quand on est enfant qu'on emmagasine dans son cœur les choses les plus importantes de la vie" , dit souvent Robert Bichet.    

Je souhaite vous faire partager ici son enthousiasme et ses passions.
  • "C'est quand on est enfant qu'on emmagasine dans son cœur les choses les plus importantes de la vie" , dit souvent Robert Bichet. Je souhaite vous faire partager ici son enthousiasme et ses passions.

Présentation

Né en 1947, Robert Bichet reçut d'abord  une formation de musicien au Conservatoire National de Région de Tours en hautbois puis en écriture. Simultanément il publia deux recueils de poèmes sur la Région de Tours et commença à peindre sous l'influence de Pierre Dupas.

            Arrivé à Paris en 1970, il suivit durant deux années le stage de formation organisé par le Groupe de Recherches Musicales de Radio France et le Conservatoire National Supérieur de Paris, puis reçut une formation universitaire à la Faculté de Paris VIII où il fut admis au grade de licencié dans les départements de Musique et d'Arts Plastiques. 

          Tandis que deux nouveaux recueils de poèmes voyaient le jour, il s'initia à la gravure et commença à développer une technique d'encres soufflées. Par ailleurs ses relations avec de multiples amis instrumentistes enrichit sa connaissance des divers instruments et lui permit d'envisager une écriture musicale basée sur des masses sonores où apparaissent en relief des solistes dont tous les moyens sont mis en valeur. Cette exigence de recherche instrumentale lui valut une édition musicale à compte d'éditeur (chez Henri Lemoine) de son "Désert II" pour hautbois.

          Après avoir enseigné dans divers collèges de la Région Parisienne et avoir réussi à y insuffler un élan vers l'expression musicale contemporaine, il fut nommé en 1981 directeur du Conservatoire Municipal de Musique d'Issoudun (Indre), où conjointement à ses activités d'administrateur il développa largement sa peinture,  sa poésie et sa musique, par des créations originales spécialement conçues  pour ses élèves, ou même pour les enfants des écoles, appelés à participer.

        Retraité depuis 2007 il poursuit ardemment par des cours, des conférences, des animations, des concerts et des expositions, le but qu'il s'est fixé :  amener chacun à éveiller le poète qui sommeille en lui, en prenant conscience que tout être humain est un créateur.       

L'Art vient d'ailleurs, il est sacré.

L'artiste n'est qu'un transmetteur capable de s'émerveiller.

Quels que soient sa race, son sexe, son âge, sa condition sociale, tout être humain a la possibilité de dire ou de penser : "c'est beau... ... ... "

C'est à cet instant qu'il devient poète.

S'il s'autorise à créer envers et contre tous, il devient alors artiste, nourri par l'énergie d'une force intérieure qui le dépasse et qui le guide.

Robert Bichet

Citations

« L'artiste doit aimer la vie et montrer qu'elle est belle. »

Anatole France

 

« Nous, nous voulons être les poètes de notre vie. » 

Frédéric Nietzsche

Un Reportage Vidéo

Bibliographie

POÉSIE

- Expansion d'amour

(Editions J.F.P.F., 1967) épuisé.

- Triptyque :

  . Expansion d'amour
 . Altitudes

  . Douze paraboles pour une jeune fille

(Editions José Millas-Martin, 1970) épuisé.

- De la fenêtre

(Editions Saint-Germain des Prés, 1971) épuisé.

- De la fenêtre

(Editions José Millas-Martin, 1972).

- Mes saisons de Bracieux

   Poèmes pour eux

   Poèmes venus d'ailleurs

(Editions Saint-Germain des Prés, 1973) épuisé

- Parcours secret derrière Orion

(Editions François Villon, 1997)

- Là-bas sont tous les rêves

(Editions Caractères, 2009)

 

MUSIQUE

- Désert II     pour hautbois

Extrait de "Du Fond du Gouffre", durée 7'

(Editions Henry Lemoine, 1986).

- Parcours secret derrière Orion      pour 7 saxophones

(5 saxophones alto mi b, 1 saxophone ténor si b et 1 saxophone baryton mi b), durée 20'

(Editions Van de Velde, 2002).